Le temps des soirées à visionner des films en plein air dans des salles animées remplies de centaines de spectateurs est bien loin…
Après un développement rapide à l’indépendance et jusqu’à la fin des années 1980, le cinéma est en crise au Mali. Une seule salle, le Babemba, continue de fonctionner tant bien que mal, sur les quatorze visitées à Bamako, capable d’offrir un programme suffisamment récent et diversifié. Les autres n’offrent au mieux qu’un cadre vétuste pour rediffuser leur stock de films, dont les plus récents datent des années 1980.
Après le rachat par l’Etat dans les années 1970 d’une majorité des salles gérées par deux sociétés françaises, leur exploitation est revenue à l’OCINAM, société publique à vocation commerciale. Rentable mais incapable de réinvestir ses revenus d’exploitation, elle alimente plutôt, selon la rumeur, d’autres institutions déficitaires.
La quarantaine de salles appartenant à l’Etat seront en partie privatisées au début des années 2000, selon un cahier des charges, pas toujours respecté, requérant le maintien d’activités cinématographiques. Plusieurs salles, comme l’ABC, le Rex, le Soudan cinéma ou le Rio, ont été ainsi rasées pour y construire des magasins. D’autres lieux conservent leur caractère, mais, abandonnés faute de moyens et de clientèle, servent de terrains en attente de reconversion.
Le Centre National de la Cinématographie du Mali souhaite désormais réhabiliter le parc des salles étatiques qui lui a été confié, dont El Hilal à Médina Coura à Bamako. L’espoir est d’amener le public à fréquenter à nouveau les cinémas. Cela nécessitera des investissements importants, mais aussi de trouver une solution à la rupture d’approvisionnement en films.
En effet, face à un public lassé de revoir toujours les mêmes vieux karatés et films d’actions américains ou indous, seule la diffusion de films pornographiques semble encore assurer un minimum d’audience aux salles capables de projeter des DVD, sans droits d’auteurs. Pourquoi pas, diront certains, pour qui leur fréquentation sensiblement plus soutenue témoigne toujours d’un désir de cinéma.